jeudi 4 mars 2010

-Tokyo et ses armes de distractions massives-

En 1978, un certain Motoichi “Atoss” Takemoto, originaire de la ville de Matsudo, au Japon, tentait d’introduire en France les œuvres d’Osamu Tezuka, de Takao Saitô, de Fujio Akazuka ou de Shôtarô Ishinomori, en lançant un magazine baptisé Le Cri qui tue. L’expérience ne dura que six numéros, la France n’était visiblement pas prête. Takemoto ne se doutait pas que, trois décennies plus tard, son travail de pionnier se traduirait par une présence massive du manga dans le secteur de la bande dessinée. Actuellement, il représente près de 50 % du marché français, et la plupart des éditeurs français, y compris les grands représentants de la BD franco-belge, disposent de collections de mangas. On peut dresser le même constat pour les jeux vidéo ou les films d’animation, dont Hayao Miyazaki est le chef de file incontesté. Le cinéma japonais retrouve aussi grâce dans les festivals internationaux, tandis que la littérature est bien plus traduite qu’auparavant.

Cette omniprésence de la culture pop japonaise dans notre quotidien constitue une sorte de victoire pour le Japon, dont les assises économiques ont été fortement ébranlées au lendemain de l’éclatement de la bulle financière, dans les années 1990. Mais, dans ce pays où l’impermanence est inscrite dans la pensée collective, on ne s’arrête pas devant le succès des produits culturels : on scrute déjà l’avenir en quête d’un modèle de croissance plus tranquille, fondé notamment sur des valeurs de solidarité qui, au cours des folles années de croissance à deux chiffres, avaient fini par disparaître. Le Japon n’a sans doute pas fini de nous étonner et, peut-être, de nous influencer.

(petit article de Courrier International)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire